Les musées sont fermés, la culture est en souffrance. Trouvez-vous que les artistes sont désenchantés ?
Je ne crois pas que les artistes soient désenchantés. Il y a tou- jours eu et il y aura toujours des voix positives. Les jeunes artistes ont une conscience aiguë des contradictions du monde dans lequel on vit, ils ne sont pas du tout naïfs. Mais dans le mi- lieu de l’art, la forme est fondamentale, elle est aussi et parfois plus importante que le fond car, si chacun a ses avis politiques et son propos, les formes dominent toujours le fond. La nature de la forme est forcément optimiste, sinon on ne donnerait pas «forme» à nos idées… Tous les gens qui produisent quelque chose, que ce soit un cuisinier, un musicien ou un plasticien, vont se poser cette question de la forme. C’est immuable, et ce n’est pas fonction d’une époque : on voit que cela existait déjà dans les Grottes de Lascaux. Dès qu’on se préoccupe de la forme, dès qu’on en «accouche», on essaye de l’assumer. Les formes ne se partagent qu’au moment où on les regarde à plusieurs. Et tous ces artistes choisissent de partager «leurs» formes, de les faire entrer dans le monde de la culture visuelle… Il faut beaucoup d’optimisme, en tout cas de confiance dans les autres, pour cela.

